Royan, emblème de l’architecture moderniste des années 50

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Site privilégié au confluent de l’Estuaire de la Gironde et de l’Océan Atlantique, Royan demeure l’une des stations balnéaires incontournables de Charente-Maritime, mais pas uniquement. Depuis le 18 novembre 2010, elle bénéficie du label Ville et Pays d’Art et d’Histoire. Au 19ème siècle, l’architecture de Royan symbolise l’ère balnéaire ; d’étonnantes villas s’inspirant des caractères régionaux, anglais ou exotiques sortent de terre. Un seul mot d’ordre, être la plus originale! Après la guerre, Royan se métamorphose sous la direction d’urbanistes et d’architectes de renom. Une ville qui en renaissant de ses cendres, est devenue l’un des emblèmes de l’architecture moderniste des années 50.

L’architecture de Royan, de l’après-guerre à la reconstruction

Royan, alors poche de résistance allemande, a été presque totalement détruite par les forces alliées en janvier 1945. En juin de la même année, Claude Ferret, directeur des études de l’école d’architecture de Bordeaux et Georges Vaucheret, architecte et ancien maire de la ville, sont nommés comme urbanistes en chef chargés de la reconstruction de Royan. Une reconstruction qui doit aussi penser à l’avenir touristique et balnéaire de la ville. Les travaux pharaoniques dureront 20 ans et redessineront à jamais l’architecture de Royan.  

En 1947, date de début des travaux, les habitants sont dans de nombreux cas expropriés et logés dans des appartements transitoires. Les architectes eux-mêmes campent dans des baraques sur la plage. Une situation précaire qui impose une rapidité d’exécution. C’est dans ce contexte que les architectes désignés, René Coty, Claude Ferret, Louis Simon et André Morisseau tracent les plans du nouveau Royan ; une refonte totale du plan des rues qui épousent désormais la forme courbée de la conche de Royan et une artère principale perpendiculaire à la mer qui coupe la ville en deux. L’ensemble se schématise par un arc dont la flèche pointerait vers la mer.

Ce plan d’urbanisation repose sur deux axes principaux : le Boulevard Briand et le front de mer.

À cette époque, les mouvements Beaux-Arts et Art Déco propres aux années 20-30 sont les styles architecturaux prédominants.

Les premières constructions aux lignes sobres, aux fines moulures régionales, aux ouvertures verticales et aux tuiles canal sont édifiées en 1948 dans le centre de la ville et reflètent un style Art-Déco revu par Ferret.

Le plan du front de mer est quant à lui bousculé en septembre 1946 par la sortie du magazine « Architecte d’aujourd’hui » qui dévoile des réalisations novatrices entreprises dans d’autres pays et présente un nouveau mouvement moderniste poussé notamment par le Brésilien Oscar Niemeyer, lui-même influencé par les nombreuses visites de son homologue français, Le Corbusier. À titre anecdotique, ce dernier avait proposé un projet de reconstruction de Royan, jugé alors trop avant-gardiste.

Les architectes chargés de la reconstruction de la ville voient alors dans ce style nouveau, porté par les architectes brésiliens, des perspectives pour leurs desseins.

Le front de mer devient la croisée de toutes ces influences architecturales modernes et plus traditionnelles : un mélange de trois styles, Art déco, « charentais » et « brésilien ».

La reconstruction de Royan occupera 82 architectes et urbanistes qui qualifieront la ville de «  laboratoire d’urbanisme et d’architecture modernes ».

Une architecture des années 50 qui singularise Royan

Royan a construit son identité notamment à travers une architecture moderniste et une urbanisation singulières associant une multitude de styles ; une disparité qui a forgé le charme et l’élégance de la ville.

Les principaux édifices, notamment le marché central, l’église Notre-Dame, le palais des Congrès et le temple protestant sont construits en fonction du relief de la ville.

  • Le marché central

Construit en 1955, il évoque un parapluie géant formé d’un voile de béton de 50 mètres de diamètre sans pilier porteur au centre. Imaginé par les architectes Louis Simon et André Morisseau, cette coquille renversée classée monument historique en 2002, laisse pénétrer la lumière par des parties en verre armé.

  • L’Église Notre-Dame

Symbole de l’architecture des années 50 à Royan, cette église aussi imposante qu’originale et majestueuse, a été pensée par l’architecte Guillaume Gillet.

Ses dimensions hors normes (45 mètres de longueur, 22 mètres de largeur et un clocher culminant à 60 mètres), sa conception moderne et l’utilisation du béton armé font de cette église aux allures de proue de navire un édifice majeur de l’architecture religieuse contemporaine.

  • Le palais des Congrès

Édifié en 1857 selon les plans de l’architecte Claude Ferret, le palais des Congrès fut inscrit à l’inventaire des monuments historiques en 2011. Cette structure cubique en béton armé est adoucie par les lignes obliques des escaliers extérieurs et l’imbrication subtile des parois intérieures. On remarque l’influence, si ce n’est la signature de Jean Prouvé dans les façades du bâtiment, habillées de panneaux en métal ajourés et laqués.

  • Le temple protestant de Royan

Dessiné par les architectes Marc Hébrard, René Baraton et Jean Bauhain, il est caractéristique de l’architecture moderniste employée lors de la reconstruction de Royan. Association parfaite du béton armé, de la pierre et du métal, le temple est constitué d’un sanctuaire de forme trapézoïdale éclairé par de larges baies asymétriques, de salles paroissiales, d’un logement de fonction et d’un presbytère. Classé monument historique en 2002, ce monument fût inspiré de l’Église Saint-François d’Assise à Pampulha au Brésil.

  • Les villas, des symboles de l’architecture des années 50

Au fil des rues, les villas témoignent de l’empreinte architecturale des années 50 portée notamment par Le Corbusier et ses disciples. Les villas aux lignes géométriques et minimalistes se multiplient :

– la Villa Ombre Blanche livrée en 1959 n’est pas sans rappeler la Villa Savoye de Le Corbusier et les influences brésiliennes d’Oscar Niemeyer et Affonso Reidy.

– La Villa Grille-pain est un chef d’oeuvre d’excentricité. Un prisme imposant de béton blanc posé sur un socle de pierre accueille deux appartements identiques ouverts par de larges baies vitrées qui laissent place à une vue époustouflante sur l’océan.

– La maison de type 8×12. Cette maison expérimentale construite en 1950 par Jean Prouvé est issue de l’industrialisation et de la préfabrication prônée par l’ingénieur architecte. Elle demeure le seul témoin de son passage à Royan. Cette habitation confortable et économique réalisée en bois et métal a été déclinée en plusieurs dimensions 8×8, 8×12 et 5×10. Malheureusement sans suite favorable, ce modèle d’habitation ne sera pas suivi.

– La Villa Rafale ou Boomerang. Dessinée par l’architecte Pierre Marmouget, cette demeure pensée selon un modèle de bungalow doit son surnom à sa forme et à ses plans. Surélevé par pilotis, l’édifice se compose de deux corps, l’un ouvert sur le jardin réservé à la pièce de vie, l’autre plus hermétique dédié aux chambres. Un escalier « cocasse » dessert une piscine en contrebas de l’habitation.

Au détour de chaque rue, ces villas aux influences diverses, toutes aussi splendides qu’originales, sont les témoins d’une architecture moderniste et singulière.

En 10 ans, de 1949 à 59, Royan devient une ville d’avant-garde immortalisée par son architecture de béton et fortement controversée par les nostalgiques d’avant-guerre.

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